Le béal de Grattegals est situé dans le hameau du même nom, sur la commune de Cans et Cévennes, ancienne commune de St Laurent de Trèves. Il est bâti en rive droite, parallèlement à la rivière Tarnon.
Le béal mesure, depuis sa prise d'eau, jusqu'à l'arrivée au moulin, environ 257 m de long. Sa prise d'eau est située sur le Tarnon, rivière qui a l'avantage de connaître peu de variations de débit pour une rivière cévenole. Le propriétaire actuel m'a indiqué avoir en sa possession un document qui atteste de la présence du moulin et de son béal en 1416. Le compoix de 1641 indique la présence du moulin tout en précisant que ce dernier est situé sur le site d'un ancien moulin, ce qui prouve son existence plus ancienne.
Le compoix de 1641 mentionne aussi la présence du hameau comprenant trois maisons, un béal et sa prise d'eau, une clède, un four à pain, un jardin, une châtaigneraie, un verger, des terrasses, des rochers (vraisemblablement servant de petite carrière) et de nombreuses terres cultivables autour du site.
A noter également, de l'autre côté de la rive, une petite étable qui servait de lieu de repos aux animaux d'attelage qui transportaient le grain depuis le causse Méjean au moulin. Les hommes laissaient alors leur bêtes ici tandis qu'eux décharger, via une passerelle en bois, (aujourd'hui remplacée par une passerelle en béton un peu plus en amont) les sacs de grains sur leur dos jusqu'au moulin, situé juste en face.
Grattegals occupe une situation de carrefour entre les plateaux calcaires de La Can de l'Hospitalet, le causse Méjean et la vallée cévenole du Tarnon. L'eau est essentielle pour les cultures vivrières et le béal est alors utilisé tant pour les cultures, prairies de fauche que pour le moulin à céréales. Le moulin est doté de deux meules horizontales pour les céréales (froment et seigle) et d'une meule conique pour les châtaignes et l'huile de noix.
Le moulin et son béal ont toujours appartenu à des familles protestantes et le compoix de 1641 indique que "le moulin est joui de façon inégale entre les trois propriétaires : David Aoust bénéficie des deux tiers et Pierre Rouvière et Jean-Louis Vernet jouissent à part égale du tiers restant". Le four à pain appartient par contre sans distinction à tous les habitants. Il est à noter que le nom du meunier, Pierre Rouvière est présent dans tous les documents de 1701 à 1789, le prénom du père se transmettant au fils ainé durant l'Ancien Régime.
La prise d'eau du béal était située plus en aval dans le Tarnon, bâtie sur des gros rochers de fraidonite, appelés aussi kersantite, mais suite à une violente crue de la fin du 20ème siècle, une autre chaussée, plus large et située plus en amont du site à été construite dans les années 1870. Cela a nécessité le prolongement du béal en amont.
Le moulin de Grattegals a fonctionné de façon continue jusqu'en 1984 et après quelques décennies de sommeil, le propriétaire actuel, descendant de la famille Fraissinet, habitant du hameau, Christophe Bourely, a ranimé le moulin depuis 2004. Il avait lui-même appris en partie le métier aves son grand-père Roger Fraissinet, qui, faute de repreneur, avait dû mettre fin à l'activité en 1984.
Il est à noter que le moulin, bien que fonctionnant bien, n'a jamais été la seule activité du meunier. De tout temps, cette activité de meunerie a été complémentaire d'une agriculture vivrière combinant élevage et petites cultures, typique de l'agropastoralisme. Ceci est encore vraie aujourd'hui.
En 2025 le moulin de Grattegals est un des rares moulins en fonctionnement en Lozère. Trois boulangers viennent y moudre leurs grains et M. Bourely "travaille à façon", c'est à dire qu'il moud pour des particuliers qui viennent acheter directement la farine au moulin. Environ 12 tonnes de farine de blé tendre sont produites chaque année et environ 240 heures de mouture/an. Le moulin fonctionne en général d'octobre à mai, en raison des périodes d'étiage ou de crues.
Entente interdépartementale Causses Cévennes