Le signal du Grand-Travers appartient au système de défense du littoral languedocien conçu par Jacques-Philippe-Éléonore Mareschal, directeur des fortifications du Languedoc, dans le contexte de la guerre de Succession d’Autriche et de la présence britannique en Méditerranée. Après plusieurs projets élaborés à partir de 1741, Mareschal présente en janvier 1743 une version simplifiée de son dispositif, privilégiant la surveillance du littoral et la transmission rapide de l’alerte.
Dans le système défensif élaboré par Mareschal, les « signaux » constituent une catégorie spécifique d’ouvrages, distincte des redoutes simples, des redoutes à canons et des batteries. Il s’agit de petites tours de guet implantées à intervalles réguliers sur des points dégagés ou des hauteurs du littoral, permettant l’observation de la mer et la transmission de l’alerte de poste en poste. Les communications s’effectuent de jour au moyen de pavillons et de nuit par des feux allumés sur la plate-forme sommitale ; par temps de brouillard, des cartouches explosives permettent de maintenir la transmission. Le fonctionnement de ces différents signaux est codifié afin d’indiquer notamment le nombre de navires suspects observés en mer.
Didier Catarina identifie le Grand-Travers comme l’un des douze signaux construits entre la frontière du Roussillon et le Petit-Rhône dans le cadre de ce programme. Implanté sur le cordon littoral entre le grau de Palavas et le Grau-du-Roi, il participe ainsi à la chaîne de surveillance établie le long de la côte. Les travaux du système, engagés à partir de 1743 et plusieurs fois interrompus en raison des difficultés rencontrées avec les entrepreneurs, sont définitivement achevés en 1746.
L’ouvrage est encore documenté à la fin du XVIIIe siècle dans l’Atlas des bâtiments militaires, qui conserve pour la période 1777-1782 un plan et une coupe sous la désignation de « Redoute du Grand Travers ». Cette dénomination historique explique l’emploi du terme « redoute » dans la documentation ancienne, bien que l’ouvrage appartienne, dans la typologie du système Mareschal, à la catégorie des signaux.
La fiche de pré-inventaire réalisée en 1972 présentait sans justification documentaire l’ouvrage comme une construction du Premier Empire destinée à surveiller les côtes contre une éventuelle offensive de la flotte anglaise. Cette datation, contredite tant par la documentation du XVIIIe siècle que par les recherches ultérieures sur le système défensif de Mareschal, n’est pas retenue dans la présente notice.
Jacques-Philippe-Éléonore Mareschal naît à Paris en 1689 dans une famille relativement aisée. Son père, Claude-Nicolas Mareschal, est contrôleur des domaines du roi à Belfort ; deux de ses frères, Gilbert et Claude, embrassent également la carrière d’ingénieur. Formé très jeune au métier des fortifications, Jacques-Philippe Mareschal entre dès l’âge de quatorze ans dans le corps royal du génie, sous l’autorité du marquis d’Asfeld. Il commence sa carrière à Belfort, où il participe aux travaux de fortification et mène également des projets d’architecture militaire. Il épouse à Belfort, le 25 janvier 1718, Jeanne-Claude Ferrier.
Sa carrière se poursuit dans les places de l’Est du royaume. Il est notamment ingénieur en chef à Belfort puis à Strasbourg à partir de 1729, avant d’être nommé directeur des fortifications de Bourgogne en 1738. Cette première partie de sa carrière lui donne une solide expérience de la fortification, de la topographie et de la conduite des grands chantiers militaires.
À la fin de l’année 1739, Mareschal est nommé directeur des fortifications du Languedoc et s’installe à Montpellier. Il conserve cette fonction pendant près de quarante ans, jusqu’à la fin de sa carrière. Son activité dépasse largement le seul domaine de la fortification : ingénieur du roi, architecte et aménageur, il intervient sur les places fortes, les ouvrages portuaires et littoraux, mais aussi sur plusieurs grands chantiers civils et urbains de la province. Il est notamment associé aux aménagements des Jardins de la Fontaine à Nîmes, qui comptent parmi ses réalisations les plus célèbres.
Dès 1740, dans le contexte de la guerre de Succession d’Autriche et face à la présence britannique durable en Méditerranée, la monarchie lui confie l’élaboration d’un système cohérent de défense du littoral languedocien. Après une reconnaissance de la côte effectuée au début de 1741, Mareschal conçoit un réseau défensif s’étendant de la frontière du Roussillon à la Camargue et associant ouvrages existants, obstacles naturels et constructions nouvelles. Son projet, remanié à plusieurs reprises entre 1741 et 1743, aboutit à un véritable système architectural reposant sur des modèles normalisés : signaux, redoutes simples, redoute à canons et batteries destinées aux principaux graus. Les travaux, engagés à partir de 1743, sont achevés pour l’essentiel en 1746.
Ce « système Mareschal » constitue l’une des réalisations majeures de sa carrière en Languedoc. Il repose moins sur la fortification bastionnée traditionnelle que sur un réseau de tours et de redoutes adaptées à la configuration particulière du littoral, destinées à assurer l’observation, la transmission rapide de l’alerte et, aux points stratégiques, la résistance à un débarquement. La redoute de Ballestras, au grau de Palavas, appartient au type des redoutes simples de ce dispositif.
Mareschal poursuit parallèlement son activité dans l’ensemble de la province. En 1752, il rédige à Montpellier un important « Mémoire sur les places fortes du Languedoc et sur les ouvrages publics de la même province » qui témoigne de l’étendue de ses responsabilités et de sa connaissance du territoire. Il demeure directeur des fortifications du Languedoc pendant plusieurs décennies et exerce son activité jusqu’à un âge avancé. Il meurt en 1778.