Thématique principale : Défense militaire des côtes. Thématique secondaire : Signalisation et surveillance des côtes.
La redoute de Ballestras est construite à partir des années 1740 dans le cadre du vaste programme de défense du littoral languedocien mis en œuvre sous le règne de Louis XV. Conçu par Jacques-Philippe Mareschal, directeur des fortifications du Languedoc, ce dispositif répond à la menace désormais permanente que fait peser la présence britannique en Méditerranée et, dans le contexte de la guerre de Succession d’Autriche, au risque d'un débarquement sur les côtes de la province.
Mareschal conçoit un système défensif échelonné le long du golfe du Lion associant trois catégories principales d'ouvrages : des signaux destinés à la surveillance et à la transmission de l'alerte, des redoutes simples établies notamment aux graus et armées d'une artillerie légère, et de grandes redoutes à batteries destinées à interdire l'approche des principales embouchures. La redoute de Palavas est une redoute simple.
Les travaux, engagés dès 1741, sont conduits malgré les réticences des États de Languedoc devant les dépenses imposées à la province. Mareschal bénéficie du soutien du directeur général des fortifications, le maréchal marquis d'Asfeld, du secrétaire d'État à la Guerre, le comte d'Argenson, et de l'intendant de Languedoc Jean Le Nain. En février 1746, douze ouvrages sur la vingtaine prévue sont entièrement achevés.
Édifiée en 1744 au grau de Ballestras, elle favorise l’installation d’un village de pêcheurs, les « Cabanes de Ballestras », berceau de l’actuel Palavas-les-Flots. Elle conserve une fonction défensive et de surveillance jusqu’au milieu du XIXe siècle.
Au début du XXe siècle, elle est décapitée et transformée en réservoir d’eau (1906). En 1943, un château d’eau en béton est construit autour d’elle, l’englobant complètement.
Entre 1991 et 1992, à l’initiative de la commune et avec le concours des Compagnons du Devoir, la redoute est démontée pierre par pierre (environ 300 à 2 000 tonnes selon les sources) et reconstruite à l’identique sur un îlot de l’étang du Levant. Elle abrite depuis le Musée Albert Dubout.
Jacques-Philippe-Éléonore Mareschal naît à Paris en 1689 dans une famille relativement aisée. Son père, Claude-Nicolas Mareschal, est contrôleur des domaines du roi à Belfort ; deux de ses frères, Gilbert et Claude, embrassent également la carrière d’ingénieur. Formé très jeune au métier des fortifications, Jacques-Philippe Mareschal entre dès l’âge de quatorze ans dans le corps royal du génie, sous l’autorité du marquis d’Asfeld. Il commence sa carrière à Belfort, où il participe aux travaux de fortification et mène également des projets d’architecture militaire. Il épouse à Belfort, le 25 janvier 1718, Jeanne-Claude Ferrier.
Sa carrière se poursuit dans les places de l’Est du royaume. Il est notamment ingénieur en chef à Belfort puis à Strasbourg à partir de 1729, avant d’être nommé directeur des fortifications de Bourgogne en 1738. Cette première partie de sa carrière lui donne une solide expérience de la fortification, de la topographie et de la conduite des grands chantiers militaires.
À la fin de l’année 1739, Mareschal est nommé directeur des fortifications du Languedoc et s’installe à Montpellier. Il conserve cette fonction pendant près de quarante ans, jusqu’à la fin de sa carrière. Son activité dépasse largement le seul domaine de la fortification : ingénieur du roi, architecte et aménageur, il intervient sur les places fortes, les ouvrages portuaires et littoraux, mais aussi sur plusieurs grands chantiers civils et urbains de la province. Il est notamment associé aux aménagements des Jardins de la Fontaine à Nîmes, qui comptent parmi ses réalisations les plus célèbres.
Dès 1740, dans le contexte de la guerre de Succession d’Autriche et face à la présence britannique durable en Méditerranée, la monarchie lui confie l’élaboration d’un système cohérent de défense du littoral languedocien. Après une reconnaissance de la côte effectuée au début de 1741, Mareschal conçoit un réseau défensif s’étendant de la frontière du Roussillon à la Camargue et associant ouvrages existants, obstacles naturels et constructions nouvelles. Son projet, remanié à plusieurs reprises entre 1741 et 1743, aboutit à un véritable système architectural reposant sur des modèles normalisés : signaux, redoutes simples, redoute à canons et batteries destinées aux principaux graus. Les travaux, engagés à partir de 1743, sont achevés pour l’essentiel en 1746.
Ce « système Mareschal » constitue l’une des réalisations majeures de sa carrière en Languedoc. Il repose moins sur la fortification bastionnée traditionnelle que sur un réseau de tours et de redoutes adaptées à la configuration particulière du littoral, destinées à assurer l’observation, la transmission rapide de l’alerte et, aux points stratégiques, la résistance à un débarquement. La redoute de Ballestras, au grau de Palavas, appartient au type des redoutes simples de ce dispositif.
Mareschal poursuit parallèlement son activité dans l’ensemble de la province. En 1752, il rédige à Montpellier un important « Mémoire sur les places fortes du Languedoc et sur les ouvrages publics de la même province » qui témoigne de l’étendue de ses responsabilités et de sa connaissance du territoire. Il demeure directeur des fortifications du Languedoc pendant plusieurs décennies et exerce son activité jusqu’à un âge avancé. Il meurt en 1778.