L'ancienne cartonnerie et papeterie d'Apas est implantée à l'écart du bourg de Castillon-de-Saint-Martory, en bordure de la Garonne. Au 19e siècle, le domaine d'Apas comprend plusieurs dépendances, des terres agricoles ainsi qu'un moulin à farine et une scierie mécanique utilisant la force motrice du fleuve. Le 17 août 1877, l'ensemble est acquis par Jules Bonnet, rentier, pour la somme de 195 000 francs auprès de M. Arnaud, ingénieur et directeur du chemin de fer de Grande Ceinture à Paris (AD 31, 41 J 58 ; AD 31, 6 U 2 152, n° 397).
À la suite de cette acquisition, Jules Bonnet transforme le moulin en une importante usine destinée à la fabrication de pâte de bois pour l'industrie papetière. Les aménagements réalisés sont alors évalués à 135 000 francs (AD 31, 6 U 2 152, n° 397). Le site est affermé à la société Adrien Barthier et Cie à compter du 1er juillet 1881 pour une durée de six ans (AD 31, 41 J 58. Acte d'affermage des propriétés d'Apas à la société A. Barthier et Cie, 8 mai 1881). L'usine produit exclusivement de la pâte à papier obtenue à partir de bois provenant des Pyrénées ou de chiffons récupérés. Cette production est destinée à alimenter les papeteries exploitées par la société à Saint-Martory, sur le site du Vieux Moulin, et à Mazères-sur-Salat, sur le site aujourd'hui connu sous le nom de Mazères-Sud (BH Br 4° 496, Monographie communale de Saint-Martory, 1885).
Cependant, durant l'exécution du bail, la société Adrien Barthier et Cie connaît des difficultés financières qui conduisent à sa faillite. Jules Bonnet tente alors de poursuivre l'exploitation à son propre compte, mais il est contraint, en mars 1890, de procéder à la liquidation de ses activités commerciales et industrielles d'Apas (AD 31, 6 U 2 152, n° 397. Dossier de liquidation Jules Bonnet).
À partir de 1891, le domaine semble être repris par la société Bernard Sirven. L'usine relance alors la production de pâte de bois et développe une activité de fabrication de carton (AD 31, 4 U 31 96. Acte de modification des statuts de la société B. Sirven, 14 mai 1901). Cette phase de développement s'accompagne vraisemblablement de la construction de nouveaux bâtiments industriels sur le site d'Apas.
L'usine s'inscrit alors dans un ensemble industriel plus vaste contrôlé par la société Bernard Sirven. Celle-ci exploite notamment à Toulouse une importante manufacture située rue de la Colombette, comprenant des imprimeries lithographiques et typographiques, des ateliers d'impression sur métal, des ateliers de fabrication d'objets métalliques décorés ainsi que des ateliers de cartonnage, de reliure, de fabrication de registres et d'articles de bureau. L'entreprise possède également une papeterie installée sur l'île du Ramier à Toulouse, sur le site du moulin du Château, ainsi que l'usine des Impressions artistiques, ancienne maison J. Bognard jeune, établie à Paris au 7 rue Jules-César. Ces deux établissements sont intégrés à la société à partir de 1900.
La date de cessation de l'activité industrielle du site n'a pas pu être déterminée avec précision. Toutefois, l'étude des vues aériennes anciennes montre une disparition progressive des bâtiments de production au cours du XXe siècle, témoignant du déclin puis de l'abandon de l'activité papetière. Une partie des constructions a depuis été détruite. Cette disparition résulte à la fois de l'abandon progressif du site après la cessation de l'activité industrielle et d'un incendie survenu dans les années 1970, qui a entraîné la destruction d'une partie des bâtiments.
Depuis une date qui reste à préciser, l'entreprise Plakenbwa occupe une partie de l'emprise de l'ancienne usine. Elle y développe une activité spécialisée dans la transformation du bois, assurant ainsi la reconversion partielle de cet ancien site industriel.
L'ancien moulin exploité par la société Bernard Sirven est aujourd'hui reconverti en centrale hydroélectrique. Cet équipement appartient à un propriétaire distinct de l'entreprise Plakenbwa, installée sur une autre partie de l'ancienne emprise industrielle.