L'ancienne papeterie du Foulon de Saint-Martory a appartenu à la société L. Lacroix fils de 1924 à 1977. Elle constitue la dernière papeterie commingeoise acquise par l'entreprise après celles de Mazères-Nord, Mazères-Sud et Cassagne. Cette politique d'expansion permet à la société de constituer un important pôle de production de papier à cigarettes dans la vallée du Salat et de la Garonne. Contrairement aux autres établissements du groupe, alimentés par les eaux du Salat, l'usine de Saint-Martory utilise la force hydraulique de la Garonne. Le toponyme de "Foulon" demeure attaché au site, bien que l'ancien moulin foulon ait disparu dès le 19e siècle.
L'histoire de la papeterie du Foulon de Saint-Martory
La papeterie est établie à l'emplacement d'un ancien foulon dont la démolition est portée sur la matrice cadastrale en 1869 afin de permettre la construction d'une papeterie (AD31, 2 E 7664. Matrice de rôles de propriétés bâties, 1821). L'établissement appartient alors à Louis Bonemaison, déjà propriétaire d'une scierie. En 1873, celui-ci fonde la société en nom collectif "Louis Bonemaison et Cie" avec Henri Dupeyron, Camille Labatut, Alexandre Mignot de Guilhem et Isidore Janole, également fabricant de papier à Mazères-sur-Salat. La papeterie connaît rapidement un développement important. Dans sa monographie communale de 1885, l'instituteur Dufour mentionne une usine employant près de 80 ouvriers et ouvrières et produisant quotidiennement environ trois tonnes de papier destinées principalement à l'impression des journaux (AD31, BH br 4 496. Monographie communale de Saint-Martory, par Dufour, 1885). Afin d'assurer son approvisionnement en matière première, plusieurs associés créent en 1882 à Labarthe-Inard la société "Bonemaison, Dupeyron et Cie", spécialisée dans la fabrication de pâte de bois mécanique pour papeterie (AD31, 6 U 2 362. Acte de création de la société "Bonemaison, Dupeyron et Cie", 20 février 1882).
À la suite du retrait d'Isidore Janole et du décès d'Alexandre Mignot de Guilhem, la société est réorganisée en 1891 sous la dénomination de "Société anonyme des Papeteries du Foulon de Saint-Martory" (AD31, 4 U 31 96. Acte de dépôt des statuts de la S.A. de la papeterie du Foulon de Saint-Martory, 1er août 1891). Louis Bonemaison en demeure l'une des figures principales tandis que Victor Dupeyron est nommé directeur adjoint en 1898 (AD 31, 6 U 2 364. Extrait des délibérations de l'assemblée des actionnaires de la S.A. de la papeterie du Foulon, 10 février 1898). Au début du 20e siècle, plusieurs augmentations de capital sont réalisées afin de moderniser les équipements industriels. Malgré ces investissements, les difficultés économiques conduisent à la dissolution anticipée de la société en mars 1924 (AD 31, 4 U 31 96. Procès-verbal de l'assemblée générale extraordinaire de la S.A. de la papeterie du Foulon, 29 mars 1924). La liquidation est confiée à Henry Tissier, directeur des papeteries Monfourat (33) et Bertrand Navarre, second administrateur de l'union française de papeteries et frère de l'un des administrateurs des papeteries Navarre (82).
La même année, la société L. Lacroix fils se porte acquéreur des papeteries du Foulon et de Labarthe-Inard (AD31, 134 J 64. Note de service adressée au personnel de la papeterie du Foulon, 12 mars 1924). Elle entreprend d'importants travaux de modernisation comprenant l'installation de nouvelles turbines, de galeries filtrantes, de lessiveurs, de piles à pâte et de chaudières. Une nouvelle machine à papier est montée en 1926 et l'usine entre pleinement en activité en janvier 1928 (AD31, 134 J 8. Registre des procès-verbaux du conseil d'administration de la société L. Lacroix fils, 1925-1951). L'établissement est alors intégré au groupe papetier commingeois de la famille Lacroix et se spécialise dans la fabrication de papier à cigarettes, comme les usines de Mazères-sur-Salat et de Cassagne.
Le site comprend plus d'une quinzaine de bâtiments consacrés à la production, au stockage et aux services annexes. Quelques logements destinés aux ouvriers et au contremaître sont également aménagés à proximité immédiate de l'usine. Malgré les modernisations engagées par la société Lacroix, la papeterie est progressivement affectée par les difficultés économiques qui touchent l'industrie papetière au cours de la seconde moitié du 20e siècle. La fermeture définitive intervient en 1977.
L'ancienne papeterie a depuis conservé l'essentiel de son organisation et de son bâti industriel. Reconverti, le site accueille aujourd'hui une centrale hydroélectrique, perpétuant ainsi l'exploitation de l'énergie hydraulique qui a présidé à son implantation..