En mars 1833, Jean-Paul-Marie-Bazile Bourges, filateur de laines, domicilié à Bélesta, demande l'autorisation de construire sur la rive gauche du Touyre, une filature de laines à deux assortiments et une foulerie de draps à trois auges sur un terrain qu'il possède à Montferrier. Cette demande est autorisée par ordonnance du roi le 22 avril 1834 (AD09 7S494). Aujourd'hui ce bâtiment n'existe plus. Sur le cadastre napoléonien on constate que le plan des bâtiments diffère légèrement de ceux de la demande d'autorisation de 1834. Selon un plan de 1894, dressant la liste des industries du Touyre, cette usine appartient alors à M. Lacoustène et est en reconstruction. En 1915, elle est propriété de Madame Bezombes Joseph (AD09 7S494), qui expose alors qu'elle doit réparer le barrage de son usine. D'après le document d'archives, il semble toujours s'agir d'une filature. Les plans dressés en 1948 et 1949 sur les communes du pays d'Olmes (AD09, 1Fi63 et 5Fi) et les photographies aériennes de 1942 montrent que les bâtiments correspondant aux actuelles salles 17 et 18 et allant jusqu'à la route, ont été élevés entre 1949 et 1953.
Sur un plan de 1951, concernant l'usine SOTAP, située plus en aval, l'usine est dite usine Bergère (AD09 482w131). Bien que le plan soit incomplet, on devine alors une usine prenant place entre le Touyre et la route de Lavelanet, cependant, cela ne semble pas correspondre exactement aux bâtiments actuels. Les frères Bergère, Aurélien et Ferdinand, possédaient effectivement la filature de Montferrier, dans laquelle la SAB s'est ensuite installée en partie ; l'autre partie ayant été vendue à l'entreprise de tissage Soum. A la fin des années 1950, l'usine Bergère compte 111 salariés (AD09, 705W114). En 1972, elle en compte 108 (AD 09, 473W108).
Tissage à façon, l'entreprise Soum s'installe à Montferrier au milieu des années 1960. Elle avait été fondée à Lavelanet (l'Hirondelle), vraisemblablement dans les années 1930. La société s'appuie initialement sur l'association entre Louis Soum, Pousse, Clanet et François Rivière. Jean et Louis Soum, fils de Louis Soum (1e génération) assurent ensuite la direction de l'usine. La troisième génération est incarnée par Paul et Louis (3). En 1964, à la mort de Louis Soum (1), Paul et Louis installent l'activité dans un atelier situé avenue du Maréchal Leclerc à Lavelanet (ils travaillent alors principalement pour Dumons), puis rachètent ensuite une partie de l'usine Bergère de Montferrier (filature et apprêts) pour y adjoindre le tissage. L'usine compte alors 64 ouvriers. Le créneau « fabrication » est abandonné par la suite, l'usine reprenant son statut d'entreprise façonnière, essentiellement pour Roudière, jusqu'à cession de l'activité en 2006.
La partie nord de la salle 16 a été rajoutée entre la fin des années 1960 et le début des années 1970. L'ensemble comprenant les salles 16 et 17 semble avoir été profondément remanié au début des années 1980, voyant sa couverture en shed remplacée par deux travées de couverture en tôle à deux pans à cette époque.
La Société ariégeoise de bonneterie est fondée à Lavelanet le 1er janvier 1941 en tant que SARL. Jusqu'en 1951, l'entreprise est dirigée par Noël Courset, fondateur des établissements Courset-Barthez en 1920, dont la SAB avait pris la suite et qui employait une dizaine de personnes avant la guerre. En 1954, T. Royaerts, directeur technique et commercial, devient actionnaire principal et dirigeant de la société, associé à l'industriel lillois Maurice Delhoumeau. A partir de la fin des années 1950, la SAB se repositionne sur les fibres synthétiques (nylon, rilsan), au détriment du coton et de la rayonne. L'entreprise est alors spécialisée dans la fabrication de sous-vêtements et de textiles synthétiques pour l'habillement, l'ameublement et la carrosserie automobile (Citroën de 1956 à 1960, Simca, Peugeot notamment la 404). L'entreprise se spécialise sur le créneau de la fabrication de maille, via les marques « Montségur » (pour le tissu habillement) et « Ormavyl » (pour lameublement). Les publicités des années 1960 et 1970 présentent l'activité comme relevant de la fabrication de « sous-vêtements et tissus d'ameublement ». En 1962, le siège social de la SAB se trouve alors au 8 avenue du Général de Gaulle à Lavelanet. Magasin de stockage, contrôle et expéditions prennent place dans les anciens locaux Barthez-Courset, en arrière des bureaux. Le magasin de matières premières et les ateliers sont installés dans des locaux rachetés en 1957, à Lavelanet, au 46 bis de l'avenue du Général de Gaulle (site disparu aujourd'hui). L'ensemble de la fabrication déménage au début des années 1960 à Laroque, dans une partie des anciens établissements Ricalens (IA09010076), puis investit un autre site à Montferrier, jusqu'alors occupé par l'usine Bergère. Deux sites de fabrication sont actifs au cours de son histoire : l'un à Montferrier (pour la filature, la teinture et les apprêts), l'autre à Laroque (bureaux et tricotage). Le tricotage concerne alors la fibre de coton, le nylon et le rilsan. Dans les années 1970-1980, l'entreprise dispose d'un important représentant aux Etats-Unis, Hermann Miller, pour le secteur ameublement, et renonce à persévérer dans le secteur automobile. Le marché allemand de l'ameublement est également pénétré par le biais de Mitra. La marque Ormavyl, développée pour l'ameublement, comprend un mélange de fibre rétractable et non-rétractable, tissu sans couture directement applicable sur le fauteuil. La vente de ce produit culmine vers 1973, avec deux à trois mille mètres quotidiens. L'habillement se développe aussi via le client majeur EuroMarché (sous-vêtements en polyamide unis, puis ajourés). La SAB se replie sur son site ferrimontain, probablement après un incendie sur le site de Laroque, en 1982, qui met aussi en évidence le nombre trop peu important de clients variés. L'habillement est délaissé.
Au début des années 1990, la SAB, devenue façonnière de ses clients (ceux-ci achètent la matière) met au point de nouveaux tissus techniques, notamment un tissu ignifugé destiné à la fusée Ariane, ce qui permet de relancer le dynamisme tout au long de la décennie. Le développement du textile pare-flammes Montségur repose sur l'utilisation d'aramides (filtre optique qui contre le rayonnement de la flamme tout en laissant passer l'air et les fumées), testé dans la lutte contre les feux de forêt au siège de la Sécurité civile du Sud-Est à Valabre. Ce produit permet la création de 30 emplois. Les lourds investissements consentis au début des années 2000 ne suffisent toutefois pas à sauver l'activité. La SAB a fermé ses portes en 2003 (liquidation prononcée le 17 mars 2003). A sa dissolution, l'entreprise employait 19 personnes. Une partie des bâtiments a été incendiée en 2014. Dès lors, la destruction du site est envisagée : elle est concrètement engagée en janvier 2021, mais le chantier doit épargner la cheminée d'usine en briques.
A la fin des années 1950, lusine Bergère compte 111 salariés (AD09, 705W114). En 1972, elle en compte 108 (AD 09, 473W108). En 1964, l'usine Soum compte alors 64 ouvriers ; ils sont 11 en 1984. La SAB emploie 150 personnes sur ses deux sites en 1976, puis 34 personnes en 1984 ; à sa dissolution, lentreprise employait 19 personnes.
Données orales Bernard Gassie, René Labadie, Daniel Robinet.